Ces 6 jeunes cheffes qui font bouger les lignes
Par Pomélo
(c) Marthe Brejon
Elles ne dirigent pas de palace, ne courent pas après les étoiles... et pourtant, ces six femmes cheffes révolutionnent, à leur échelle, la gastronomie française. Certaines ont choisi le sandwich ou la pizza, d’autres modernisent le bistrot. Portraits.
Anh Dao Nguyen - Le bánh mì haute précision
À Marseille, Anh Dao Nguyen vient peut-être de signer l’un des meilleurs bánh mì de France. Après des études de philosophie, de sciences politiques et d’art, elle bifurque vers la cuisine et se forme à l’école Ferrandi. Elle fait ensuite ses armes dans des palaces parisiens, voyage à travers le monde. Installée dans la cité phocéenne, elle devient la seconde de Valentin Raffali au Livingston (qui se fera connaître du grand public grâce à l'émission Top Chef en 2024). Anh Dao Nguyen a depuis ouvert Cà Phê Đá avec le pâtissier Émile Duchemin, dont le CV est lui aussi doré. Dans cette cantine vietnamienne du quartier de l’Hôtel-de-Ville, le sandwich coûte moins de 10€ mais reçoit une attention digne d’un grand restaurant : charcuteries maison, poitrine de porc cuite lentement, pâté de foie de volaille, pickles et sauces travaillées.
Céline Serrano - L’Aubrac sans folklore
À 28 ans, Céline Serrano affiche déjà un parcours impressionnant : Alan Geaam et Copenhague à Paris, Eter à Madrid, puis Vue de monde à Melbourne. Depuis fin 2024, elle dirige les cuisines du Club Casse-Croûte, à Montpellier, où elle revisite, avec Nicolas Moisset, les recettes de l’Aubrac de son enfance. Farçous, aligot, laguiole ou reine-des-prés deviennent le point de départ d’une cuisine vive, contemporaine, parfois traversée d’influences espagnoles. Elle ne modernise pas un terroir pour le rendre tendance : elle l’élargit grâce à tout ce qu’elle a appris ailleurs.
Marthe Brejon - La pizza au levain et à la main
À Paris, Marthe Brejon défend une pizza rare : une pâte au levain naturel, composée de cinq farines et entièrement pétrie à la main. Après Ferrandi et un passage par Il Carpaccio, le restaurant italien étoilé du Royal Monceau, elle s’est formée au levain puis à la pizza près de Paestum, en Campanie, où sa famille possède une maison. On l’a vue dans des restaurants parisiens mais elle préfère aujourd’hui les pop-up, les résidences et les collaborations, transportant avec elle ses fours et son savoir-faire. Au printemps 2025, elle a notamment été accueillie plusieurs mois à la Villa Médicis, où son papa avait lui-même été pensionnaire.
Claire Grumellon - Le bistrot sans nostalgie
Avec Geffrey Valot, Claire Grumellon avait créé Le Vaillant, minuscule bistrot du quai de Valmy à Paris. Dans un décor aux airs de salle à manger des années 1970, ils remettaient au centre les œufs mayonnaise, le boudin, les rillettes, les abats, les pâtés et les plats en sauce. Leur cuisine ne « revisitait » pas le bistrot : elle montrait simplement qu’il pouvait encore être généreux, drôle et contemporain. Le Vaillant a fermé, mais le duo cherche aujourd’hui un nouveau lieu pour prolonger l’aventure. Une suite particulièrement attendue tant leur proposition échappait aux codes un peu mécaniques du néobistrot parisien.
Elsa Marie - De La Vierge au Pays basque
À Paris, Elsa Marie avait fait de La Vierge une adresse qui a laisser derrière elle une communauté de clients nostalgiques - Alain Ducasse lui-même y était venu et en était reparti enchanté. Passée également par Septime et Les Pères Populaires, elle a depuis choisi Saint-Jean-de-Luz, où elle développe avec le cuisinier australien Julian May des projets à taille humaine. Le duo y tient un restaurant, auquel s’est ajoutée une pizzeria. Produits basques, guindillas, cecina, pâtes farcies, légumes du jardin, volailles rôties ou aubergines fumées composent une cuisine voyageuse, en apparence simple, mais très précise.
Mina Kandé - L’Asie sans frontières
Au Consolat, ouvert à Marseille en juillet 2025, Mina Kandé mêle cuisines chinoise, vietnamienne, coréenne, cambodgienne et indienne sur un socle de techniques françaises. Formée à Ferrandi après deux années passées à Pékin, puis passée par Double Dragon à Paris, elle compose avec sa cocheffe Wen Wen des menus où le bouillon au kimchi et coques côtoie le mapo tofu et les t’emparas de légumes de saison. Sa cuisine est aussi précise qu’économe. Le paneer fabriqué maison pour l’un de ses plats (le curry rouge de tamarin et cajou grillés) produit un petit-lait qui devient la base d’un soda maison. Une manière de faire circuler les produits, les influences et les idées sans rien perdre en gourmandise.