Dans le Penedés catalan, chez Ton Rimbau

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Empoisonné par des pesticides, Ton Rimbau accouche depuis de vins surnaturels après une conduite des vignes des plus exemplaires et saines en Catalogne.

C’est un ours pas comme les autres, un « rebelle responsable » qui élève des xarello et maccabeu vieux de cinquante ans et moins à 300 mètres au-dessus du niveau de la mer, non loin de Barcelone, dans ce Penedés catalan où les vignerons nature et en biodynamie font la réputation des appellations dans une atmosphère apaisée. La grande carcasse cabossée (séquelle visible de ses 17 interventions chirurgicales pendant ses années sportives de pilote moto) de Ton Rimbau, 55 ans bien tassés, se confond dans les rangs avec ses ceps pas encore taillés, qui prennent leurs aises dans tous les sens dans la jungle (la vie s’affole dans ses rangs quand elle est disciplinée, terne et monotone chez les voisins de parcelle) que constituent ses 7 hectares pour accoucher de vins affolants parce que terriblement nus à l’issue d’une viticulture et d’une vinification des plus… naturelles. 

Je suis permaviticulteur 

Le ton, bourru malgré des yeux d’un bleu innocent, n’appelle pas questionnement. C’est d’avoir frôlé la mort, et on ne parle pas moto, qui l’a rendu fondamentalement vivant, dans son approche de la vie et de la vigne, qu’il ne dissocie pas de fait. C’était en 2005. Après qu’il a souffert d’une intoxication en appliquant un pesticide sur ses vignes, héritées à la mort de son père en 2000. Lui, qui faisait tourner sa fabrique de caisses de bois entre deux compétitions de moto jusqu’à ce coup du destin, avait pris la suite en reprenant les gestes de son père, mauvaises pratiques comprises. Sur ce plan-là, il a radicalement changé de méthode. Mais occupe encore la fabrique. C’est de là que sortent les jolies caisses dans lesquelles il expédie ses vins (production annuelle de 3 000 spill – bouteille en verre – et 5 000 de Porcellànic). 

Pour faire sain et propre, il a tout l’attirail : silice, écorce de chêne, biofertilisants et macérats maison, pas de labour, fauchage et couchage de la couverture végétale, pas de cuivre ni soufre, vendanges après tout le monde, en octobre, en lune décroissante, en jour fruits et à marée basse, chromathérapie… Au bout de toutes les précautions prises, des vins exceptionnels, tous bardés de la Denominàcion de Origen (l’AOC local) Penedès, la plus importante de Catalogne en termes de superficie et de production. À l’abri dans leurs magnifiques contenants cirebouchonnés en céramique (ça bloque la lumière et préserve le contenu à la fraîche), élégante étiquette gravée sur bois ficelée au cou. « Vendanges manuelles après tout le monde, en octobre plutôt, les raisins sont pressés en moyenne à 50% en presse lente, de nuit de préférence. Les vins sont ensuite conservés verticalement dans des cuves carrelées immergées jusqu’à la vente… » Ses bouteilles sont en céramique opaque (d’où Porcellànic), sauf pour son entrée de gamme, en bouteille bourguignonne. Pas de carton ni de scotch pour le transport de ses bouteilles en caisses de bois fabriquées dans son usine, et les bouchons scellés sont bio. 

Dégustation 

Xarello 2017 (son entrée de gamme, en bouteille bourguignonne, limpide breuvage dont la principale qualité est de révéler celle, exceptionnelle, des Porcellànic), La Serra 2016 (en céramique noire, sur une autre trame aromatique), Xarello sur lie, la Llaona 2016 (salinité et fraîcheur inouïes), OrangeBi 2016 (deux semaines de macération, 100% xarello, superbe, dont le verre idéal de dégustation a été testé à 48 reprises), Macabeu Prats Vella 2016 (botrytisé, passerillé), Espurnejant brut natural 2011 (bulles folles d’un mix xarello/maccabeu de 30 et 25 ans, coup de cœur) et la cuvée 2016 d’un merveilleux vin de dessert, caresse fruitée maintenue jusqu’au finish d’orange amère sur du bois bien maîtrisé.

Audrey Vacher

Photographie : Franck Juéry 

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