A Paris, l'Asie qui vous veut du bien
Par Rodolphe Pelosse et Thibault Brunat
(c) Okomusu Paris
En 2026, plus besoin de prendre un vol direction Tokyo ou Hanoï pour voyager jusqu’en Asie. À Paris, il suffit parfois de changer de rue. Une échoppe qui balance ses vapeurs sur le trottoir, une cantine planquée, une table gastro qui joue une partition plus affûtée… et hop, le voyage est lancé. Du Japon à la Chine, de la Corée au Vietnam, ça croustille, ça mijote, ça pimente, bref, ça parfume… Riz, nouilles, bouillons, soja, piments et cette profondeur umami qui donne envie d’y retourner. Alors oui, Paris est la ville de la baguette, mais pas forcément de celle que vous pensez, la preuve en 5 adresses qui ne mangent pas de pain.
FAAÏ
Anne et Franck nous avaient déjà embarqués en Thaïlande avec Naam, à Belleville et Lille. Avec Faaï, ils remettent les gaz et font monter le voyage d’un cran… Ici, pas question de rejouer la playlist du resto thaï qu’on connait par cœur. Adios Pad Thai, Khao Phat et autres classiques attendus. Le voyage se veut plus subtil, plus riche, plus contemporain… on quitte la route touristique pour aller trainer ses papilles ailleurs. Déjà, Faaï veut dire « flamme ». C’est aussi le nom de ces petits braseros en terre cuite qu’on croise dans les échoppes de Bangkok et qui balancent du feu, de la fumée et ce petit goût réconfortant qui vient vous choper par le col. Voilà le socle de la cuisine. Ensuite ? Galettes, salades, currys… et évidemment le riz, fidèle compagnon de route, gluant ou sec, qui joue parfois les pompiers pour calmer l’incendie allumé par certains plats. Et puis, les uppercuts : le Hoi Thod, crêpe aux moules fumées au feu de bois. Le Yam Khao Tod, salade de riz croustillant et herbes fraîches qui craque et rafraîchit tout ce petit bazar. Et le Roti, cette galette feuilletée qu’on continue à boulotter alors qu’on n’a objectivement plus faim. En fait, tout est dingo. Naam nous avait fait voyager… Faaï nous fait changer de classe.
15 Rue Trousseau, 75011 Paris
MAM FROM HANOI
On dit que la cuisine vietnamienne est l’une des meilleures au monde, mais comme on dit ça de pas mal de cuisines… le mieux, c’est encore d’aller vérifier soi-même. Direction MAM From Hanoï. Et là… difficile de ne pas rejoindre le camp des convaincus. Ici, c’est la cuisine Nord-vietnamienne qui parle et particulièrement le phở. Cette micro-cantine réussit un petit tour de force : transformer le phở en plat quasi gastronomique sans jamais l’embourgeoiser. Pas mal de monde s’accorde à le placer tout en haut de la pyramide parisienne, et franchement, on comprend pourquoi. Le bouillon est profond, ultra parfumé et pourtant d’une légèreté assez dingue. Les pâtes sont al dente, la viande tendre… et manger tout ce petit monde avec des baguettes ne vire jamais à l’épreuve olympique. La preuve, on en ressort la chemise immaculée, une vraie performance personnelle. Aussi, ne zappez surtout pas les nems : généreux, tendres dedans, croustillants dehors… ça castagne gentiment. Important : réservez et soyez à l’heure. Le lieu est micro et le service dépote. Et dernière chose : un phở, ça donne chaud. Ajoutez un peu de piment et vous déclenchez une canicule corporelle immédiate. Mais bon… il est des coups de chaud qui font sacrément plaisir.
39 Rue de Clery, 75002 Paris
OKOMUSU
Un peu à l’écart du brouhaha foodeux de la rue Charlot, il y a Okomusu. Un comptoir japonais minuscule, ou presque, entièrement dédié à l’okonomiyaki. Et déjà, rien que le mot met de bonne humeur. L’okonomiyaki, c’est un peu le cousin d’Osaka de la tortilla espagnole : une galette généreuse à base d’œufs, de farine et de chou, sur laquelle viennent se greffer crevettes, porc, légumes… bref, tu fais ton marché selon l’humeur du moment. Le plus dur ? Choisir. Oui, petit warning : la carte demande une micro-dose de concentration. Ce n’est pas le genre d’endroit où tu commandes les yeux fermés en moins de douze secondes. Il faut lire, hésiter, se demander de quoi on a vraiment envie. Mais une fois ce cap franchi, livraison du kiff quasi immédiate. L’okonomiyaki débarque brûlant, nappé d’une sauce douce et légèrement sucrée. Et puis il y a ce petit supplément de poésie : les copeaux de bonite qui frémissent sous l’effet de la chaleur, comme s’ils se mettaient à danser une chorégraphie improvisée juste pour toi. Impossible de ne pas sourire. Ne surtout pas faire l’impasse sur les entrées. Les portions étant plutôt petites, c’est parfait pour échauffer la gourmandise sans plomber l’appétit. Au final, c’est exactement ce qu’on était venu chercher : une régalade simple, chaleureuse et foutrement réconfortante. Comme souvent avec les comptoirs, le bonheur se vit mieux en petit comité. À deux, c’est perfecto. À trois, ça passe. Au-delà, tu risques surtout de jouer des coudes pour admirer les copeaux de bonite faire leur petit ballet. Et franchement... ce serait dommage d’en perdre une miette.
11, rue Charlot 75003 Paris
FAT BELLY
Il y a des endroits qui te catapultent en Asie sans avoir besoin de sortir le passeport. Chez Fat Belly, dans le Marais, le voyage commence devant la cuisine ouverte : flammes, fours, viandes qui rôtissent doucement… et ces odeurs de gingembre, d’ail, d’épices et de sauces caramélisées qui viennent gentiment titiller la truffe. Ça sent la rôtisserie chinoise, le gras qui croustille et les bonnes décisions. On attaque avec le Toast Crevette Fat Belly. Alors là… faut pas venir chercher la légèreté d’une feuille de salade ! C’est gras, croustillant, généreux, sacrément gourmand et surtout terriblement addictif. Première bouchée et c’est foutu : la main repart toute seule chercher la suivante. Ensuite, place à la viande. Ce sera porc laqué et poitrine de porc croustillante. Deux salles, deux ambiances : d’un côté le porc tendre, brillant, caramélisé, presque suave… de l’autre cette poitrine avec sa croûte qui craque avant de lâcher son gras fondant. Le genre de truc qui réconcilie immédiatement avec le taux de cholestérol. Pour accompagner tout ça, du choy sum sauté au wok, encore croquant, végétal, juste ce qu’il faut pour câliner un peu la bouche entre deux uppercuts de cochon. Ici ça flambe, ça rôtit, ça laque, ça croustille… une cuisine asiatique généreuse qui ne cherche clairement pas à faire dans la demi-mesure.
57, rue Charlot, 75003 Paris
JIP
Petit lieu, 2 services le soir, cuisine dans la salle et mécanique parfaitement huilée. Ici, ça traîne pas des arpions : 3 plats, 2 choix, dessert pour les plus gourmands et roule ma poule. Ça va vite… très vite même. Et pourtant, rien n’est bâclé. Dans les assiettes, le chef joue avec les inspirations coréennes : ça épice, ça umamise, ça réconforte et surtout ça réveille sévèrement la gourmandise. Les 2 premiers plats sont petits… presque cruellement petits quand déboule le Madame Butterfly, le plat signature, une petite bombe addictive : une sorte de sando frit à la crevette, mayo et filet de citron. Croustillant, gras comme il faut, acidulé. Le problème ? On reprendrait bien 75 bouchées, histoire de calmer la gourmandise qu’il vient lui-même de réveiller. Heureusement, les nouilles arrivent derrière avec un peu plus de coffre. Façon soba, super chewy : une version au maïs, douce et réconfortante, et l’autre épicée qui vient coller un dernier bourre-pif au palais au cas où celui-ci aurait eu l’idée saugrenue de s’endormir. Pas vraiment le spot où refaire le monde 3 heures entre deux assiettes. La cuisine est littéralement dans la salle, les plats passent de la prépa à la table en quelques pas. Ça cuisine, ça envoie, ça mange. Fast & furious version coréenne… mais avec de l’umami à la place de l’essence.
112 rue de la Roquette 75011 Paris