Yoshimi et Rodolphe Landemaine, la boulangerie au service du vivant
Par Remi Héluin
Illustrations Quentin Faucompré
Dans le début des années 2000, avant même que les réseaux ne deviennent visibles au niveau national, Maison Landemaine a compté parmi les acteurs en vue de la boulangerie parisienne. Portée par l’ambition de ses fondateurs, l’enseigne s’est développée en restant fidèle à ses valeurs de qualité et de proximité, tout en gardant une attache forte à son berceau francilien. Désormais, le groupe mène une révolution verte au travers de sa marque Land & Monkeys, dont les engagements inspirent les pratiques de la filière grâce à une approche gourmande et fédératrice.
Pour le jeune Rodolphe Landemaine, la boulangerie n’a pas toujours été une évidence. C’est en découvrant, à 18 ans, le travail d’un artisan ami de son père qu’il mesure le potentiel des métiers du goût. « J’ai vite compris que cette filière me permettrait de traverser les âges. Venant d’un milieu modeste, la boulangerie incarnait à l’époque un outil d’émancipation sociale, à l’inverse d’aujourd’hui où le digital semble occuper cette place », résume Rodolphe Landemaine, qui souligne l’importance des rencontres dans son parcours comme dans le reste de l’existence. Le jeune mayennais s’engage chez les Compagnons du Devoir, réalise une partie de son tour de France et acquiert la dextérité nécessaire pour rejoindre des maisons prestigieuses. Passé chez Lucas Carton, Paul Bocuse ou encore Raynier-Marchetti, le jeune pâtissier a soif de savoir, et déjà une vision précise de son ambition. « Je souhaitais me former au métier puis ouvrir mon propre commerce », se souvient-il. Il concrétise son projet en 2007, en ouvrant une boutique avec sa femme Yoshimi au 54 rue de Clichy, au coeur du IXe arrondissement de Paris : « L’objectif était de disposer d’un point d’ancrage, avec un laboratoire adapté pour se développer ».
Un patronyme devenu marque, avant de s’ouvrir à un fort engagement Le nom Landemaine, en passe de devenir une marque, se déploie alors rapidement, aussi bien dans le IXe, le XIe que dans le XVIIIe arrondissement. « Ce type de projet demeure complexe à mener : il faut avoir la capacité de répondre à de nombreuses inconnues, comme les moyens permettant de préserver la même qualité ou de recruter les bons collaborateurs. Nous investissons beaucoup sur l’humain, en formant nos équipes », ajoute l’entrepreneur. Centrée sur le territoire francilien et exploitée uniquement en succursales, Maison Landemaine s’oriente vers un développement « raisonnable et ambitieux », considérant que l’omniprésence de l’enseigne sur le secteur serait contre-productive. Avec 19 boutiques à Paris et sa proche banlieue, la structure bénéficie d’un solide ancrage et d’une bonne visibilité.
Cette marque n’est désormais plus la seule que le groupe fait grandir. Depuis près de cinq ans, celui qui se décrit comme un « citoyen entrepreneur » a choisi d’aligner ses valeurs avec son activité au travers de Land & Monkeys. Cette « boulangerie à impact positif » propose une offre 100 % végétale, à contre-courant des traditions boulangères françaises, où les produits carnés tiennent une place fondamentale. « Construire une seconde enseigne était un choix naturel. Non seulement il n’était pas envisageable de détruire nos racines et de convertir l’ensemble du réseau du jour au lendemain, mais nous souhaitons proposer le végétal sans l’imposer, ce qui me semble plus élégant et éthique », défend Rodolphe Landemaine.
La boulangerie vertueuse et inclusive
Le projet s’oriente donc vers des alternatives réconciliant gourmandise et végétarisme, en retravaillant de grands classiques de la boulangerie pâtisserie avec des ingrédients réduisant drastiquement l’impact environnemental des préparations… sans aucun compromis sur le goût. « Cela nous permet d’avoir un coup d’avance sur les transformations de demain. Non seulement nous tentons de répondre aux enjeux de l’époque, à l’image de l’effondrement de la biodiversité ou du partage des ressources, mais nous dessinons un modèle vertueux pour l’ensemble de la filière », poursuit le chef d’entreprise, convaincu que l’évolution des prix des matières premières dites conventionnelles finira par convertir un nombre croissant d’acteurs au végétal. A l’inverse de Maison Landemaine, l’ambition est désormais nationale… voire mondiale : « Dès le départ, j’ai voulu fédérer une communauté de partenaires sensibles à la démarche, aussi bien pour l’aspect éthique qu’économique. Ceux qui viennent à nous voient le potentiel du projet, qui était particulièrement risqué à ses débuts. Nous développons donc la marque en franchise en plus des succursales, avec six ouvertures prévues en 2026 (Rennes, Marseille, Annecy, Lyon…) et le déploiement à l’international dès l’année suivante ».
Cette réussite entrepreneuriale, déjà prouvée au travers de 11 points de vente entre Paris, Bordeaux et Aix-en-Provence est doublement mise au service du vivant : en plus d’agir sur les sujets sous-jacents par la conception des produits, Land & Monkeys compte parmi ses actionnaires un fonds de dotation, baptisé Demain sur Terre, qui soutient des associations mais aussi rachète des terres afin de les sanctuariser et régénérer les écosystèmes. « L’entreprise peut être un outil pour répondre aux problèmes d’aujourd’hui et de demain. Elle peut avoir un autre visage et prendre ses responsabilités aux côtés des citoyens. C’est le modèle que nous bâtissons chez Maison Landemaine et Land & Monkeys », conclut ce boulanger résolument engagé au service du vivant.
