Célia Rennesson : « La France est leader sur le vrac, tant au niveau des magasins, qu'au niveau législatif »

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Célia Rennesson mène avec l'association Réseau Vrac, le grand chantier de l'implantation pérenne du vrac sur le territoire français.

EN FÉVRIER 2020, VOICI LES DONNÉES QUE VOUS M'AVIEZ communiquÉES : « LE SECTEUR DU VRAC COMPTAIT PAS MOINS DE 160 COMMERCES SPECIALISES EN 2018, EN FÉVRIER 2020, ENVIRON 400 ET UN MARCHÉ QUI PESAIT EN 2019, PLUS D'UN MILLIARD D'EUROS. EN FÉVRIER 2020, 1300 PROFESSIONNELS FRANCOPHONES DE LA FILIÈRE VRAC ÉTAIENT REPARTIS DANS 14 PAYS EUROPÉENS.» À CE JOUR, Où EN SOMMES-NOUS 

Fin 2019, il y avait 390 commerces spécialisés vrac, voici le bon chiffre. Aujourd'hui nous en sommes à 890 commerces spécialisés, nous avons donc opéré un bond de 500 points de vente. Réseau Vrac est un accélérateur qui permet de faciliter l'ouverture des points de vente, ou la formation de points de vente existants. À côté de ces formations, c'est l'ensemble des outils, notre salon du vrac, des partenaires pour obtenir des financements, qui permettent d'évangéliser et de pérenniser l'implantation et le développement du vrac. Lorsque l'on cristallise au sein d'une organisation des outils, cela représente un levier formidable pour ouvrir beaucoup plus durablement un magasin. En février 2020, nous avions également inscrit la vente en vrac dans la loi, depuis nous avons la loi climat, nous évoluons aussi dans un cadre législatif qui rassure l'entrepreneur et qui peut le convaincre à se lancer sérieusement dans le vrac. 

TOUJOURS EN 2020, VOUS ESTIMIEZ QUE LES GRANDES ENSEIGNES NE JOUAIENT PAS VRAIMENT LE JEU DU VRAC : « Près de 70% des supers et hypers jouent le jeu du vrac avec un espace dédié mais leur modèle n'est pas adapté ». Où en sont ces acteurs ? 

Cela ne veut pas dire qu'ils ne jouent pas le jeu. Ce sont des magasins qui ne sont pas construits autour du vrac, mais qui ont ajouté un espace vrac pour répondre à une certaine demande. Aujourd'hui, selon notre estimation, il existe 10 000 points de vente qui proposent du vrac. Cela part de l'épicier qui propose par exemple des amandes, ou le magasin spécialisé qui peut avoir 1 000 références en passant par les magasins bio. Dedans, il y a 890 épiceries vrac dont c'est le métier, et en plus, les magasins bio, les hyper et super. Ces derniers ont des rayons vrac qui s'étoffent de plus en plus, au niveau d'épicerie sèche avec le niveau des marques qui montent (Persil, Carte Noire, Kusmi Tea...), mais aussi des marques de luxe telles Klorane, Clarins... Toutes ces marques se testent, s'améliorent et certaines passent à la phase de déploiement comme Mustela. Pour les autres, on est en train de déployer des petits modules pour du test & learn et la loi climat vient encourager cela avec les magasins de 400 mètres carrés. En France nous sommes bien situés par rapport à la Belgique, l'Allemagne, la Grande-Bretagne ou encore le Japon, car ils n'ont pas eu la chance comme nous d'avoir pu faire avancer leur cadre législatif. Nous sommes leader, tant au niveau des magasins qu'au niveau législatif. 

LES FRANÇAIS SEMBLENT TOURNER DE NOUVEAU LE DOS AUX MAGASINS ATTACHÉS AUX NORMES RSE, AVEC LA REPRISE DE LA CONSOMMATION. POURTANT, LE VRAC SEMBLE PERDURER. CEPENDANT, PEUT-ON À LA FOIS SE TOURNER  VERS LE VRAC TOUT EN ETANT PEU RIGOUREUX SUR D'AUTRES HABITUDES, EST-CE COHÉRENT 

Évidemment qu'il faut se lancer. Nous avions sorti Vrac, mode d'emploi en septembre 2020, c'est un outil pour démythifier, déculpabiliser la démarche vrac. On n'attend pas d'être parfait, mais il faut commencer à agir et le plus vite possible. Chaque petit pas va amener une nouvelle conscience, un nouveau geste, et une fois que cela est intégré, ce geste ne sera plus un effort, mais une habitude. Dans le livre, il y a un quiz qui permet de s'évaluer, comment avancer pas à pas jusqu'à devenir un expert du vrac. Il faut aller au plus simple, au plus accessible, certains préfèreront acheter des céréales ou de la lessive. Le vrac répond à une multitude de questions que se posent les consommateurs.

ON ASSISTE TOUT DE MÊME À UN VÉRITABLE RAZ-DE-MARÉE DE DÉCHETS, NOTAMMENT À CAUSE DE LA VAE, DES MULTITUDES D'EMBALLAGES, DE SACS JETÉS. QUELLE ROUTE EMPRUNTONS-NOUS EN FRANCE AU NIVEAU DES DÉCHETS ?

Grâce à une filière dynamique et résiliente, on a réussi à maintenir le vrac pendant la crise. On s'est occupé de la préserver, de la réorganiser, notamment au niveau de l'hygiène. Nous avons cependant perdu 3 points depuis 2019. Cette année-là, 40% des Français déclaraient acheter en vrac, nous sommes passés à 37%, mais nous sommes stables. Il faudra que l'on continue que l'on aille chercher les 63%, qui eux, ne se tournent pas encore vers le vrac et nous sommes confiants car les lois vont dans le bon sens. Plus les distributeurs s'empareront du vrac, mettront en place le vrac sur un maximum de produits, plus les gens s'y intéresseront. Ce que l'on remarque, c'est une baisse de fréquentation du magasin bio et de proximité. Depuis la réouverture, on reprend le chemin du bureau, de l'école et on perd l'habitude prise en confinement d'aller faire ses courses au fur et à mesure en bas de chez soi, d'autres ont pris le pli de la livraison... Cela prendra 6 à 9 mois pour réajuster les comportements d'avant, c'est notre travail d'essayer d'accompagner et d'accueillir les gens dans les magasins et ne pas les laisser céder à la tentation du tout préparé, tout emballé. 

Réalisé par Hannah Benayoun

Pour aller plus loin : 

https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000041553759/

https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/Document_LoiAntiGaspillage%20_2020.pdf

https://reseauvrac.org/publications/

QUI SONT LES FRANCAIS QUI CHOISISSENT LE VRAC ?

Ces consommateurs français, fidèles au vrac 

On parle de Monsieur ou Madame-tout-le-monde, il n'existe pas de surpondération de CSP+. Ces 37% de Français achètent la juste quantité, ce qui est permis grâce au vrac, ce qui entraîne une maîtrise du budget. 

Concernant les plus réguliers du vrac, la raison principale d'achat sera la réduction des déchets. On aura une surpondération de profils plus bio-local, ce qui font attention à leur régime alimentaire ou à leur consommation animale. 

Source : Interview Célia Rennesson, rapport Réseau Vrac et son partenaire Nielsen

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