Alexandre Czech, l'eau à la boucherie
À travers son compte Bonne Pitance, ce trentenaire, suivi par un demi-million d’abonnés sur Instagram, se veut le prof sympa qui raconte la viande comme personne.
Par Pomélo
(c) Martin Einer
À travers son compte Bonne Pitance, ce trentenaire, suivi par un demi-million d’abonnés sur Instagram, se veut le prof sympa qui raconte la viande comme personne.
Par Pomélo
(c) Martin Einer
Contrairement à d’autres millésimes, pas d’immense best-seller en vue dans le petit monde des livres de cuisine de fin d’année, comme ce fut le cas par le passé avec Yotam Ottolenghi ou François-Régis Gaudry. Certains ouvrages se démarquent tout de même, comme le Guide du Boucher Cuisinier, publié aux éditions Solar le 25 septembre dernier. 15 000 exemplaires vendus en 3 mois, selon les estimations de la plateforme Edistat : un très joli score sachant que rares sont les titres à dépasser la barre des 3 000 ventes. Dans cet ouvrage de 216 pages (29,90 euros), Alexandre Czech partage le vocabulaire de l’univers carné, livre ses meilleures astuces pour désosser des pièces ou travailler des abats, et raconte ses recettes, bien sûr — qu’elles soient classiques (bœuf bourguignon, cassoulet), peu nobles (lasagnes de joues de porc confites) ou créatives (côte de veau, pâtes bucatini et crème de blettes, curry de cochon).
Le livre n’est que la déclinaison de son travail sur les réseaux sociaux. Tout commence en 2021, sur TikTok, avec une recette de mini-choux farcis à la viande, vue 4 000 fois. À l’époque, l’intéressé change de voie : après un diplôme en informatique et un job de manager dans les assurances, puis dans l’aéronautique, cap… sur un CAP boucherie. « J’ai une vraie admiration pour la gastronomie française, notamment celle des grands restaurants », explique Alexandre dans l’introduction du Guide du Boucher Cuisinier. Ce qui l’intéresse, c’est la technique et les goûts, « mais la militarisation des cuisines, l’exclusivité de certains produits et la mise en scène de certaines émissions m’ont fait m’écarter toujours plus du métier de cuisinier ». D’où ces trois années à embrasser le métier de boucher.
Czech cherche à en apprendre plus en ligne sur sa nouvelle profession, mais dit ne pas trouver grand-chose sur Instagram et compagnie. « Et si je devenais l’un des bouchers, voire le boucher qui cuisine sur les réseaux ? », se demande-t-il. Sa patience est récompensée : après 24 mois de travail et des vidéos postées plusieurs fois par semaine, certaines commencent à cumuler plusieurs centaines de milliers de vues, comme une capsule où l’intéressé parle d’une alternative à la côte de bœuf populaire aux États-Unis, le T-bone, et donne une recette de sauce au gorgonzola. Le chat de l’apprenti influenceur est souvent présent et renforce le sentiment d’intimité de la communauté de Bonne Pitance.
Car Alexandre Czech, c’est un peu le pote idéal : jeune, blagueur, spontané, franchouillard, mais avec un esprit moderne… Le croque-McDo ? « J’adore ça, mais foutre 4 balles pour acheter cette daube, hors de question. » Et il publie sa propre version maison, avec un prix d’achat de huit croques pour 10 euros (astuce : il faut mettre le pain à burger à l’envers et le presser avec ses mains quelques secondes dans une poêle chauffée à l’huile de colza). Bilan : 300 000 vues rien que sur TikTok !
En juin 2023, le million de visionnages est atteint — toujours sur TikTok — avec une vidéo d’aligot (« Si tu recherchais une recette de la flemme, tu t’es gouré parce que tu vas en chier ! »). Peu importe le réseau social privilégié, certaines recettes vont même dépasser les trois millions de vues, comme une côte de cochon rôtie au cidre (dans laquelle le héros boucher n’hésite pas à indiquer : « J’aimerais bien pouvoir faire à bouffer sans qu’on me fasse passer pour un viandard écervelé ») ou un plat de cochon express, à démarrer à 10 h et prêt à midi pour le déjeuner du dimanche (Czech tance gentiment ses abonnés en fin de vidéo : « Et maintenant que je t’ai sauvé la mise, tu bois qu’un verre à la fois et tu commences le samedi. »).
Les marques adorent et se pressent pour imaginer des collaborations avec celui qui propose un « pâté en courges », ou qui, quand il déteste quelque chose, le prépare en risotto (« C’est évidemment plus compliqué avec les impôts et les émissions de télé-réalité »). L’homme aime prendre des chemins de traverse. « Tu les vois, ces deux gros barbus, qui vont encore cuisiner de l’animal mort ? Eh bah raté ! Aujourd’hui, avec mon Pierrot, on se fait une recette végé (un curry, NDLR). » Mais toujours avec un format « amateuriste », il y tient. Et ça marche fort.
