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Alexandre Czech, l'eau à la boucherie

Le 14 janvier 2026

À travers son compte Bonne Pitance, ce trentenaire, suivi par un demi-million dabonnés sur Instagram, se veut le prof sympa qui raconte la viande comme personne.

Par Pomélo

(c) Martin Einer

À travers son compte Bonne Pitance, ce trentenaire, suivi par un demi-million dabonnés sur Instagram, se veut le prof sympa qui raconte la viande comme personne.

Par Pomélo

(c) Martin Einer

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Contrairement à dautres millésimes, pas dimmense best-seller en vue dans le petit monde des livres de cuisine de fin dannée, comme ce fut le cas par le passé avec Yotam Ottolenghi ou François-Régis Gaudry. Certains ouvrages se démarquent tout de même, comme le Guide du Boucher Cuisinier, publié aux éditions Solar le 25 septembre dernier. 15 000 exemplaires vendus en 3 mois, selon les estimations de la plateforme Edistat : un très joli score sachant que rares sont les titres à dépasser la barre des 3 000 ventes. Dans cet ouvrage de 216 pages (29,90 euros), Alexandre Czech partage le vocabulaire de lunivers carné, livre ses meilleures astuces pour désosser des pièces ou travailler des abats, et raconte ses recettes, bien sûr — quelles soient classiques (bœuf bourguignon, cassoulet), peu nobles (lasagnes de joues de porc confites) ou créatives (côte de veau, pâtes bucatini et crème de blettes, curry de cochon).

 

Le livre nest que la déclinaison de son travail sur les réseaux sociaux. Tout commence en 2021, sur TikTok, avec une recette de mini-choux farcis à la viande, vue 4 000 fois. À l’époque, lintéressé change de voie : après un diplôme en informatique et un job de manager dans les assurances, puis dans laéronautique, cap… sur un CAP boucherie. « Jai une vraie admiration pour la gastronomie française, notamment celle des grands restaurants », explique Alexandre dans lintroduction du Guide du Boucher Cuisinier. Ce qui lintéresse, cest la technique et les goûts, « mais la militarisation des cuisines, lexclusivité de certains produits et la mise en scène de certaines émissions mont fait m’écarter toujours plus du métier de cuisinier ». Doù ces trois années à embrasser le métier de boucher.

Czech cherche à en apprendre plus en ligne sur sa nouvelle profession, mais dit ne pas trouver grand-chose sur Instagram et compagnie. « Et si je devenais lun des bouchers, voire le boucher qui cuisine sur les réseaux ? », se demande-t-il. Sa patience est récompensée : après 24 mois de travail et des vidéos postées plusieurs fois par semaine, certaines commencent à cumuler plusieurs centaines de milliers de vues, comme une capsule où lintéressé parle dune alternative à la côte de bœuf populaire aux États-Unis, le T-bone, et donne une recette de sauce au gorgonzola. Le chat de lapprenti influenceur est souvent présent et renforce le sentiment d’intimité de la communauté de Bonne Pitance.

 

Car Alexandre Czech, cest un peu le pote idéal : jeune, blagueur, spontané, franchouillard, mais avec un esprit moderne… Le croque-McDo ? « Jadore ça, mais foutre 4 balles pour acheter cette daube, hors de question. » Et il publie sa propre version maison, avec un prix dachat de huit croques pour 10 euros (astuce : il faut mettre le pain à burger à lenvers et le presser avec ses mains quelques secondes dans une poêle chauffée à lhuile de colza). Bilan : 300 000 vues rien que sur TikTok !

En juin 2023, le million de visionnages est atteint — toujours sur TikTok — avec une vidéo daligot (« Si tu recherchais une recette de la flemme, tu tes gouré parce que tu vas en chier ! »). Peu importe le réseau social privilégié, certaines recettes vont même dépasser les trois millions de vues, comme une côte de cochon rôtie au cidre (dans laquelle le héros boucher nhésite pas à indiquer : « Jaimerais bien pouvoir faire à bouffer sans quon me fasse passer pour un viandard écervelé ») ou un plat de cochon express, à démarrer à 10 h et prêt à midi pour le déjeuner du dimanche (Czech tance gentiment ses abonnés en fin de vidéo : « Et maintenant que je tai sauvé la mise, tu bois quun verre à la fois et tu commences le samedi. »).

 

Les marques adorent et se pressent pour imaginer des collaborations avec celui qui propose un « pâté en courges », ou qui, quand il déteste quelque chose, le prépare en risotto (« Cest évidemment plus compliqué avec les impôts et les émissions de télé-réalité »). Lhomme aime prendre des chemins de traverse. « Tu les vois, ces deux gros barbus, qui vont encore cuisiner de lanimal mort ? Eh bah raté ! Aujourdhui, avec mon Pierrot, on se fait une recette végé (un curry, NDLR). » Mais toujours avec un format « amateuriste », il y tient. Et ça marche fort.