Fermes Lufa#1 : Mode d'emploi

Le 23 mars 2022

Les fermes Lufa, ce sont de nombreuses serres et des fermes sur toit dans la région du Québec, au Canada, dont la plus grande au monde.

Les fermes Lufa, ce sont de nombreuses serres et des fermes sur toit dans la région du Québec, au Canada, dont la plus grande au monde.

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Pourvoyeuses de produits frais et locaux aux habitants de Montréal, les fermes Lufa ont réussi, en près de dix ans, à relever le défi de faire pousser hors-sol toute une variété de fruits, légumes et plantes, et d'éprouver l'écoresponsabilité en entreprise. Entretien avec Loïc Philibert-Ayotte, en charge de leur coordination extérieure. 

Comment débute l’histoire des Fermes Lufa, de l’idée de base à la construction de la plus grande ferme sur toit au monde en 2020 ? 

Les Fermes Lufa ont été fondées en 2009 par Mohamed Hage et Lauren Rathmell (photo). Tous deux ont mélangé leurs savoir-faire. Mohamed Hage possède un background en entreprise et en intelligence artificielle et Lauren Rathmell en sciences botaniques. L’idée d’origine est simple : faire pousser de la nourriture là où les gens vivent, en ville, comme à Montréal. Comment arrive-t-on à cela ? Dans cette grande ville se pose d’ores et déjà la question des espaces agricoles disponibles et industriels. Pourquoi pas combiner les deux et inventer cette serre, une ferme sur un toit. Nous sommes donc en 2011 dans le quartier d’Ahunstic à Montréal, et on ouvre la toute première serre commerciale sur toit au monde. On vendait des produits maraîchers que l’on faisait pousser dans nos serres, et tout cela a rapidement évolué. En 2013, on ouvre une nouvelle serre beaucoup plus grande à Laval, en 2017 à Anjou, et enfin une quatrième à Saint-Laurent en 2020, qui est effectivement la plus grande serre commerciale sur toit au monde. 

 

Comment cela fonctionne-t-il ? 

Nous avons une mission : bâtir un nouveau système alimentaire, donc nous avons notre production sur les toits qui permet une économie d’énergie en récupérant la chaleur résiduelle qui se trouve en dessous des serres, une utilisation judicieuse de l’espace dont nous disposons en ville. Nous avons recours à une agriculture hors-terre, nous faisons appel à l’hydroponie en réutilisant l’eau, aucun pesticide de synthèse n'est convoqué, on utilise des insectes, par exemple. Au total, on cumule près de 28 000 mètres carrés d’espace cultivable, celle de Saint-Laurent représente l’équivalent de trois terrains de football. On produit chaque semaine 25 000 kilos de récoltes provenant de nos serres. 
Mais en parallèle, nous mettons en place un modèle qui nous permet de réduire drastiquement le gaspillage alimentaire sur nos chaînes d’approvisionnement. Une étude a révélé qu’au Canada, plus de 70% du gaspillage se faisait bien avant que les produits arrivent au consommateur. Nous avons donc décidé que lorsqu’un client commande par exemple des tomates, elles sont cueillies à même le plant, le jour précédant la livraison, à la demande. Nos récoltes sont ultra fraîches, livrées directement au consommateur pour limiter les étapes. En produisant près de là où les gens vivent, on abaisse notre empreinte carbone. 

L’empreinte carbone des entreprises est un sujet majeur en Europe, en France évidemment, des progrès énormes sont à entreprendre de notre côté de l’océan. Pour les Fermes Lufa, comment entretenez-vous cet enjeu pour une entreprise de votre envergure, comment y veillez-vous ?

Mesurer l’impact en tant que tel, est un enjeu énorme. De notre côté, c’est pareil, il est très difficile de mesurer cet impact, on parle aussi d’une entreprise de 700 employés. L’économie d’énergie est le sujet pour nos fermes. Cela passe par le transport, un peu plus de la moitié de notre flotte est électrique. Nous faisons également affaire avec des producteurs locaux, tout se fait sur de courtes distances. Nos techniques de production sont les plus responsables possibles, donc nous devons retrouver chez les producteurs ces mêmes valeurs. Notre empreinte est donc largement réduite par rapport au mode d’alimentation classique, industriel, abondant, avec des importations de produits venus de bien trop loin. Sur notre site web, quand les gens choisissent une livraison à domicile, il y a les diverses options journées ou soirées, et on suggère aussi au client le créneau qui nous permet d’optimiser notre trajet. Tous ces détails créent un ensemble de facteurs qui nous permet de garder notre but en tête, en termes de durabilité. 

Propos recueillis par Hannah Benayoun

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