Dans notre hotte #2 : BD et petits illustrés

Le 20 décembre 2021

Pour compléter votre bibli, on vous propose une découverte ou revisite de BD et illustrés qui nous ravissent par leur délicatesse, leur récit resserré et passionné autour de ce que nous aimons tous, nous alimenter. Joyeux Noël. 

Pour compléter votre bibli, on vous propose une découverte ou revisite de BD et illustrés qui nous ravissent par leur délicatesse, leur récit resserré et passionné autour de ce que nous aimons tous, nous alimenter. Joyeux Noël. 

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Chenins de narration

Il a 24 ans, une foule d'abonnés Tik Tok (plus de 400 000), et Emile Coddens s'est tout de même tourné vers une maison d'édition pour partager le savoir qui lui est tombé dessus comme la foudre : comment faire du vin. Second de chai dans une exploitation du Val de Loire, chez Plous & Fils, il décide de compiler avec minutie, le b.a.-ba du pinard, débunke les théories œnologiques, simplifie sans dénaturer, explique comment (bien) lire une étiquette, nous décrypte pourquoi notre cœur balance entre un vin nature et un crémant. Il réactualise le Trucs et Astuces avec malice et toujours le même fil rouge sans tâche : expliquer avec le goût du partage. Simple, carré, efficace, les 150 pages régalent également par les illustrations efficaces et délicates signées Naéma d'Hérouville. Promis, il tient debout sous le sapin, Emile le Vigneron.

Le vin, ça se partage ! par Emile Coddens - 2021 - Equateurs - 16 euros

Le travail du sushi

Exit cépages et adieu, âmes vigneronnes, on cause sushis. Mais les vrais, ceux que Franckie Alarcon a pu goûter, observer, admirer même lors de son voyage au Japon. La BD est sortie en 2019 chez Delcourt, mais on aime y retrouver les temaki, nigiris, Hoso Maki, les secrets d'un artisanat fin, discret, presque secret et intime. Le sushi, finalement ce petit écrin populaire qui continue de renfermer les sommets culminants de la gastronomie japonaise. 

L'Art du Sushi par Franckie Alarcon - Delcourt - 2019 - 18,95 euros

Montréal en arrière-cuisine

 

Croquer le beau Montréal, le Canada bistrotier, telle était l'intention du dessinateur et chroniqueur Cyril Doisneau. Résidant sur place depuis quelques années, il nous invite dans Carnets de Bouffe au cœur du Montréal bon vivant. Le dessinateur s'attable, à l'arrière, en cuisine, au poste de croqueur en chef des tables les plus chaleureuses de la ville. Il décortique, explique, pointe du bout du stylo les merveilles imaginées par les chefs qui l'accueillent. L'escale la plus chouette, c'est évidemment au Pastaga, boulevard Saint-Laurent, que l'on se régale le plus. En 2013, Cyril Doisneau rencarde Martin Juneau pour une chronique culinaire dessinée. Le chef aime sentir, tout sentir, il a la bougeotte, on galope avec le dessinateur au fil des cases pour découvrir sa brigade, sa collection de fromages qui sentent bien fort, on découvre son camion à glace, Monsieur Crémeux. Le resto qui fait la part belle aux quilles nature a été le terrain de jeu de Doisneau, qui offre une belle tranche de planches aux bédéphiles qui aiment avoir le ventre plein. 

Carnets de bouffe de Cyril Doisneau - La Pastèque - 2017 - 27,99 euros

Copain de minuit

On vous en parlait dans notre première hotte, les recettes du manga signé Yarō Abe donnent envie. On peut sentir, au travers des pages des dix tomes traduits chez nous, les effluves de la cantine du patron, qui accueille des oiseaux de nuit en quête d'une aventure, d'une rencontre fortuite, d'un malentendu ou d'une mésaventure, autour d'un plat chaud. La Cantine de Minuit est un conte culinaire et humain autour de la table, de la société japonaise qui se côtoie mais ne se mélange pas vraiment, parfois corsetée dans ses principes, ses différences. Chaque épisode est baptisé du nom d'une recette, cuisinée dans cet izayaka du quartier de Tokyo qui n'accueille pas que les gourmets respectables, mais les ventres des yakuzas ou des divers acteurs du monde interlope tokyoïte. On s'invite dans ce tout petit endroit, on peut y être mal à l'aise, ou s'y sentir de trop, à écouter les récits des uns et des autres. Alors on se réfugie près du patron qui écoute, l'œil enfumé par sa clope vissée au bec, chaque morceau d'histoire, sans juger, sans dire mot, ou presque, puisqu'il peut nous adresser un clin d'œil complice, grâce à une phrase adressée au lecteur. On finit son assiette et reviendra, forcément un peu plus tard si le sommeil tarde à nous assommer. 

La Cantine de Minuit de Yarō Abe, Le Lézard Noir, 2020 - 18 euros

Hannah Benayoun

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